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Décembre 2017

Pour la réflexion de ce mois-ci, j’ai choisi un extrait d’une lettre qu’Élisabeth a écrite à Sœur Goby, quelques jours après Noël 1911. Je suis sans doute comme beaucoup de gens qui ont entendu les récits évangéliques pendant des décennies aux alentours de Noël : je suis prompte à reconnaître l’histoire familière, mais j’ai perdu une partie de l’émerveillement et de l’admiration de ce moment dans l’histoire du salut. Quand je lis la lettre d’Elisabeth, je me rappelle que la beauté de l’incarnation est qu’elle rend possible l’une des relations les plus précieuses dans la vie des chrétiens. Et c’est grâce à notre franchise dans notre relation unique avec le Christ que nous puisons notre force et notre grâce qui nous permettent en retour d’aimer et de partager nos nombreux dons.

Je trouve également intéressant qu’Elisabeth note en premier l’humilité dans les vertus de la Crèche. Grâce à Elisabeth, ma compréhension de cette vertu a changé. Au lieu de me concentrer sur la manière dont les autres me perçoivent en faisant preuve d’humilité dans mes mots et mes actions, je pense davantage à reconnaître en mon cœur ma propre faiblesse et ma dépendance totale de Dieu . Ainsi, je peux mieux comprendre et m’associer à l’abandon total d’Elisabeth et sa confiance en Dieu. Et je me demande : sans l’incarnation, pourrions-nous suivre un exemple de pure humilité ?

28 décembre 1911

Ma Sœur chérie, en cette nuit bénie, le petit Enfant a pris naissance en notre cœur ; aidons par nos prières, nos sacrifices, nos efforts à sa mystique croissance en nous ; demandons-Lui d’y grandir « jusqu’à la mesure de l’homme parfait » afin d’y vivre pour toujours ; de nous communiquer la vie divine et de faire de nous, pauvres et faibles, les instruments de son amour dans l’Eglise et auprès des âmes. Puis, retrouvons-nous pendant cette suave quarantaine près de la Crèche qui contient toute beauté, toute joie, toute sainteté. Allons faire pétrir et sanctifier nos âmes par les mains pures du petit Enfant divin. Et revenons ensuite, joyeuses, ayant fait provision de sérénité et de charité, auprès du cher prochain pour lui porter toute cette réserve spirituelle. Efforçons-nous de pratiquer – toujours dans la joie profonde – les vertus par excellence de la Crèche : humilité, pureté du cœur, douceur, esprit de mortification, pauvreté intérieure. Aimons notre Jésus, si bon et généreux ; aimons-nous, très tendrement, en Lui, et cela pour toujours puisque nous ne voulons plus rien de ce qui se passe, de ce qui ne subsistera pas dans l’éternité.

Elisabeth Leseur : Lettres sur la Souffrance, J. de Gigord, 1932

Novembre 2017

1er Novembre 1905, Fête de la Toussaint

Cette fête de la Toussaint est bien douce ; c’est la fête de ceux qui vivent déjà en Dieu, de ceux que nous avons aimés et qui ont atteint la lumière et le bonheur ; c’est la fête de l’éternité. Et quelle belle idée d’avoir placé la fête des Morts aussitôt après celle-là ! Pendant ces deux jours, un vaste courant de prière et d’amour circule entre les trois mondes : entre l’Eglise du Ciel, celle de la terre et celle où les âmes attendent et expient. La Communion des Saints semble plus étroite encore et féconde. Nous sentons proches de nous en Dieu toutes les âmes et tous ceux que nous aimons ; et ce dogme vivant procure, par la grâce divine, la vie à beaucoup d’âmes sur la terre et dans le Purgatoire. Pas une de nos larmes, pas une de nos prières ne se perd, et elles ont une force que trop de gens ne soupçonnent pas. Je veux passer ces journées et ce mois dans la prière, les souvenirs, la pensée du Ciel et aussi dans la charité et l’action paisible et vaillante.

Elisabeth Leseur : Journal et Pensées de Chaque jour, J. de Gigord, 1920

Octobre 2017

Cette année marque le 151ème anniversaire de la naissance d’Elisabeth Leseur. Dans son journal, Elisabeth rédige souvent une écriture aux alentours ou à la date de son anniversaire. J’ai choisi cette entrée particulière car je suis inspirée par la confiance totale d’Elisabeth en Dieu. Je lui adresse souvent mes prières afin qu’elle m’accorde le courage de suivre son exemple.

21 Octobre 1911

Que m’apportera cet hiver : maladie ou santé, joie ou souffrance ? Je ne sais ; mais je sais que tout sera bien accueilli, puisque tout me viendra de Dieu, pour mon bien et pour le bien des âmes en faveur de qui j’ai fait abandon de moi-même aux mains du Maître adoré. Je veux être, à travers mes faiblesses et mes lassitudes, toujours joyeuse, par la grâce divine ; sourire à tous et cacher mes peines le plus possible ; m’oublier, me donner et tâcher d’être « charmante » pour que l’honneur de cette bonne grâce revienne entièrement au bon Dieu.

Je m’occupe toilettes et fourrures,… et j’en parle, pour dissimuler toute austérité. Comme on a peur de la souffrance et de la pénitence dans le monde, et comme je dois cacher l’une et l’autre, dans la mesure possible, au regard du prochain ! Mon amabilité, ma charité serviront, Dieu aidant, à rapprocher les cœurs de ce si bon Dieu ; la souffrance me servira à les Lui conquérir, ma prière à les Lui donner. Ou plutôt c’est Lui qui fera cette œuvre bénie de conversion, de sanctification au moyen de ma prière, de mes épreuves et de mes humbles efforts charitables.

Mon Sauveur, je suis bien seule, Vous le savez, au point de vue spirituel ; et Vous savez aussi ce que je souffre de l’hostilité ou de l’indifférence de certains. C’est pourquoi, je pense, Vous avez tant fait pour moi, Vous m’avez tant donné dans votre bonté. Et voici que Vous dissipez, de votre doux regard, les nuages qui ont souvent pendant ces derniers mois obscurci mon âme, que Vous la réchauffez après l’avoir laissée dans une douloureuse aridité, que Vous chassez les ombres et le trouble. Merci, mon bien-aimé Sauveur, mon Dieu ! Je sais que les peines reviendront, car Vous voulez l’effort et la lutte pour les âmes que votre amour a conquises ; mais je sais aussi que Vous ne m’abandonnerez pas et que la paix profonde me sera laissée. Adorer à travers la tempête est bien doux, et mon amour sort plus fort de chaque douleur, de chaque traverse. Abandon entier à votre volonté, offrande de mon cœur et de ma vie à votre service et pour les âmes.

Elisabeth Leseur : Journal et Pensées de Chaque jour, J. de Gigord, 1920

Septembre 2017

25 Septembre 1899

Nul ne connaît ce qui se passe en nous aux dernières profondeurs de l’âme. Sentir Dieu près de soi, méditer, prier, recueillir en nous toute pensée profonde, pour s’en pénétrer, cela constitue la vie intérieure, et cette vie intérieure est la joie suprême de la vie. Mais tant de pensées qui nous ont émus, tant de désirs ardents, de résolutions généreuses, doivent se traduire en actes ; car nous sommes en pleine vie humaine, et une grande tâche est devant nous. C’est le moment de l’effort douloureux, car il faut s’arracher à soi-même, quitter le domaine de la pensée pour celui de la réalité, affronter l’action, savoir que l’on sera pas ou mal compris, et que l’on souffrira peut-être par l’humanité d’avoir voulu le bien de l’humanité. Il faut avoir puisé en Dieu une force incomparable, avoir armé son cœur de patience et d’amour, pour commencer jour par jour, et heure par heure, l’œuvre qui doit être celle de tout chrétien : le salut moral et matériel de ses frères.

Elisabeth Leseur : Journal et Pensées de Chaque jour, J. de Gigord, 1920

Août 2017

Tandis que l’été s’achève et que nos amis et familles se préparent à une nouvelle année scolaire, j’ai choisi cette courte réflexion du journal spirituel d’Elisabeth. Elle nous rappelle en douceur que, alors que tous, nous répondons à l’appel de notre travail quotidien, nous le faisons avec joie et par amour du Christ.

7 Octobre 1912

Etre prête sans cesse à suivre l’appel intime de ce doux Jésus, pour l’action ou la souffrance, pour l’éternité aussi lorsqu’Il voudra, et dire toujours généreusement et avec joie : « Me voici, Seigneur, pour faire votre volonté. » […] J’attends, et, comme l’ouvrière incertaine de l’heure où lui seront accordées les suprêmes rémunérations, je veux faire ma tâche, épanouie, paisible, dans le seul amour de Celui qui m’a tout donné, qui a tout fait pour moi.

Elisabeth Leseur : Journal et Pensées de Chaque jour, J. de Gigord, 1920

Juillet 2017

Prière pour demander à Dieu la vertu d’Espérance

Mon Dieu, qui nous avez permis les espoirs humains, mais qui Seul donnez l’Espérance chrétienne et surnaturelle, accordez, je Vous en supplie, par votre grâce, cette vertu à mon âme, à toutes les âmes qui me sont chères et à celles de tous les chrétiens. Faites qu’elle illumine et transforme pour nous la vie, la souffrance et la mort même et qu’elle nous conserve, à travers les déceptions et les tristesses de chaque jour, une force intime et une inaltérable sérénité.

Elisabeth Leseur : prière composée à la demande de sa soeur

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